Évènements

La manifestation du 11 novembre 1942 à Nîmes

Pour comprendre l’ampleur de cette manifestation, il faut en rappeler le contexte : l’impopularité croissante du Gouvernement de Vichy et le renforcement de la Résistance, puis l’annonce de l’arrivée des troupes allemandes en zone “Libre”. Le gouvernement de Vichy connaît depuis l’été 1942, une crise de confiance, vis-à-vis de l’opinion : Pierre Laval, chef de gouvernement de plus en plus impopulaire, incarne le régime de la collaboration. D’autre part la Résistance a renforcé ses positions : l’audience de Radio Londres augmente, les mouvements se structurent et se rapprochent, surtout en zone Sud.

Dans le Gard, la Résistance communiste et non communiste s’organise, respectivement le groupe Francs-tireurs et partisans français (FTPF) de Jean Robert en mai et l’Armée secrète (AS) pour Combat. Durant l’été 42, ont lieu les premières  rencontres entre responsables locaux des deux organisations, puis l’organisation de manifestations patriotiques à Alès et Nîmes. Ces deux derniers éléments sont déterminants pour comprendre la manifestation du 11 novembre. Enfin, suite au débarquement des Alliés en Afrique du Nord, dans la nuit du 7 au 8 novembre, Hitler prend la décision d’envahir la zone Sud restée “libre”, opération  programmée pour une date ô combien symbolique, le 11 novembre…

Au départ, deux manifestations patriotiques sont prévues pour commémorer l’événement, le rassemblement parti communiste – Francs-tireurs et partisans (PC-FTP). Les jours précédents, l’équipe FTP et les sympathisants du Parti communiste clandestin ayant décidé de célébrer l’armistice, les cheminots avec Robert Moureau, Paul Roqueblave et Malaval se chargent de la préparation. Pour cela, Jules Monleau, responsable, dispose  de l’imprimerie clandestine de la rue Bachelas et de celle de la famille Sauze, de leur fille Ninou Schwartz et son époux Henri Schwartz. Des tracts, des papillons, rédigés par le PC clandestin, et distribués devant le dépôt des cheminots s’adressent aux femmes des prisonniers de guerre, avec pour mots d’ordre “contre la faim, les maris prisonniers en Allemagne et Vichy aux ordres des Allemands”, et invitent à un rassemblement au monument aux morts, square Raoul Mourier. De son côté, l’Armée Secrète répond à la demande faite le 10 novembre 1942 par le général de Gaulle qui invite, lors d’une allocution radiodiffusée par la BBC, à  la célébration de l’Armistice…

 

Libération du Gard : Alès 21 août 1944

À la date du 28 août 1944 le Gard est entièrement libéré. Les analyses sur les conditions de cette libération ont fait souvent l’objet de contestations, de polémiques, d’interprétations divergentes : pour les uns, les Forces françaises de l’intérieur (FFI) ont été certes nombreuses mais militairement peu efficaces, la libération est donc avant tout due aux forces militaires alliées ; pour d’autres, les actions de harcèlement de la résistance sous toutes ses formes, de plus en plus nombreuses et efficaces, ont largement contribué à sa libération.

Mais peut-on raisonner ici en termes de guerre classique ? Ce serait méconnaître l’apport essentiel de la Résistance qui ne peut se situer exclusivement sur le strict plan d’opérations militaires. En effet, deux exemples, choisis parmi de nombreux autres, démontrent le rôle important de la Résistance : c’est tout d’abord le contrôle exclusif des maquis sur le Haut-Gard au moment du débarquement en Provence D’autre part, le combat de Portes du 7 juillet 1944, avec l’attaque d’un groupe de Francs-tireurs et partisans français (FTPF) contre un convoi allemand où quatre résistants ont été tués et deux véhicules détruits, n’est dérisoire qu’en apparence puisque les Allemands ne sont jamais revenus dans ce secteur. Les combats, plutôt que les batailles, ont été souvent brefs mais meurtriers ; les FFI ont tenté le plus souvent de neutraliser les éléments en retraite de la Wehrmacht. Ce repli a permis aux villes de se libérer dans des conditions si particulières qu’elles donnent lieu à des interprétations, là encore, contradictoires et donc à des polémiques.

C’est bien le cas en ce qui concerne les deux plus importantes villes du département : Alès et Nîmes.  Alès est libérée le 21 août ainsi que toute la Cévenne non sans que des interprétations divergentes ne se soient manifestées au sujet des conditions de cette libération. Il est vrai que les difficultés d’unification des différentes forces résistantes n’ont pas manqué : Michel Bruguier “Audibert”, désigné comme commandant départemental des FFI, déplore dans une lettre adressée le 21 juillet à Rascalon et Marceau : “la volonté d’ignorer le commandant FFI…ailleurs (déjà) j’avais assisté à de vastes entreprises en vue d’encadrer la Résistance et de la neutraliser, d’étouffer le sens révolutionnaire et la volonté de rénovation qui animent nos militants…”

Le dispositif arrêté par l’état-major FFI était le suivant : À la suite du débarquement sur les côtes de Provence, les troupes FFI (et celles de l’Inter G dont dépendent les FTPF) doivent se porter près des passages obligés sur le Gardon et autour d’Alès que les Allemands occupent encore solidement. C’est ainsi que les effectifs FTP sont répartis de la façon suivante : le Camp n°4 “maquis du Serre” et le maquis de Roquedur doivent se poster à Lédignan ; un détachement de la Main d’oeuvre immigrée (MOI) (des Espagnols) à la Madeleine-Tornac ; la 7205ème Compagnie “Toro” et 7207ème Cie à Moussac et vers Euzet-les-Bains ; la 7206ème Cie autour de Saint-Ambroix (pour protéger Alès et son bassin houiller au Nord et Nord-Est) ; les 7202ème et 7203ème compagnies ont pour objectif de s’emparer d’Alès puis d’aller prêter main forte aux MOI (des Arméniens) envoyés vers La Calmette (sur la route de Nîmes) et de participer ensuite à la libération et à la défense de Nïmes avec l’aide des groupes de “légaux” nîmois.

De leur côté, les CFL sont chargés de la protection rapprochée d’Alès : la 32ème compagnie doit se porter à St-Christol-les-Alès puis à St-Just-et-Vacquières, la 33ème Cie près de Pont d’Auzon. Les autres compagnies doivent servir de “réserves” et appuyer les FFI en action comme à la Madeleine. Quant à l’ORA, Corps-franc des Ardennes, son champ d’action est logiquement fixé au secteur rhodanien ou environnant compte tenu de la localisation de ses forces…

Libération de Nîmes

Après la libération d’Alès et de toute la Cévenne, Nîmes voit approcher l’heure de la délivrance. Le 23 août, la ville a subi, dans la nuit, son troisième bombardement. Peu d’Allemands restent en ville, la plupart ont gagné la vallée du Rhône, en abandonnant d’importants stocks de matériels, vite récupérés par des Nîmois. La veille encore, il y a eu des accrochages. C’est alors que Jean Garnier “Barry” prend la décision de quitter Alès avec les groupes de Francs-tireurs et partisans (FTP) (2ème et 3ème Cies) et Main d’oeuvre immigrée (MOI) (104ème compagnie allemande d’Otto Kühne) et des déserteurs arméniens de la Wehrmacht arrivés des maquis cévenols. La raison invoquée : prendre au piège les soldats allemands retranchés dans les Arènes ; mais d’autres motivations ont peut-être inspiré Barry, comme on l’a déjà évoqué. Le 24 au matin, les maquisards se déplacent dans la ville par petits groupes, occupent la caserne Montcalm, et, ironie de l’Histoire, c’est un soldat allemand rallié aux maquisards qui enlève le drapeau à croix gammée et le remplace par le drapeau tricolore…