Groupes et organisations

Les groupes AS-MUR du Gard rhodanien

Après la fondation du mouvement Combat, fin 1942, Albert Thomas, son responsable pour le Gard, s’efforce de l’implanter dans les différentes zones du département. Il rencontre donc, le 13 novembre 1942, un industriel de Pont-Saint-Esprit, Raoul Trintignant, comme lui de sensibilité socialiste. L’ayant convaincu d’adhérer à Combat, il le charge de mettre en place des groupes sur Pont-Saint-Esprit et les cantons environnants de Bagnols-sur-Cèze, Roquemaure, Villeneuve-lès-Avignon.

Dans les mois qui suivent, le mouvement se structure dans l’ensemble du Gard rhodanien en sizaines et trentaines, placées sous la direction de comités :

– À Pont-Saint-Esprit, autour de R. Trintignant (le principal dirigeant pour l’arrondissement), Edgar Chabrol, garde des Eaux-et-Forêts (le responsable militaire), Camille Brunel, commerçant, Emile Marty et son fils Julien, madame Marthe Espic et son fils Fernand, le docteur Abraham Gabbaï.

– À Villeneuve-lès-Avignon, autour de l’instituteur Jean Sagnes et de Marcel Fabrigoule.

– À Bagnols-sur-Cèze, sous l’impulsion de Joseph Arène (responsable des services de santé pour l’arrondissement), Maurice Aurelle, Henri Warryn et de madame Camproux.

Jusqu’au printemps 1943, ces groupes travaillent surtout à diffuser les tracts et journaux clandestins (notamment Combat), à fournir des faux papiers aux résistants contraints de vivre dans la clandestinité ou à convoyer jusqu’à Toulouse ceux qui veulent passer en Espagne pour rejoindre les Forces françaises libres à Londres. Ils cachent également des personnes pourchassées, notamment des juifs que madame Espic et le docteur Gabbaï aident à se procurer de faux papiers. Mais, après l’institution du Service du travail obligatoire (STO), la priorité des comités Armée secrète (AS) concerne désormais les jeunes qui veulent échapper au départ forcé en Allemagne.

Au printemps 1943, dans la zone entre Saint-Ambroix, Barjac, Lussan et Pont-Saint-Esprit, plusieurs dizaines de réfractaires sont cachés dans des fermes isolées, chez des paysans patriotes des pays de Cèze, comme les frères Louis et René Chabrier, à Rochegude…

 

Francs-tireurs et partisans français légaux et clandestins dans la vallée de la Cèze

Les régions traversées par la Cèze, affluent du Rhône, se partagent entre deux milieux bien différents. Au nord du Gard, c’est un relief cloisonné, boisé ; Bessèges, Molières, Rochessadoule sont nées de la mine, Meyrannes, Saint-Ambroix, Saint-Jean-de-Maruéjols, Barjac sont des communes à forte population ouvrière. Mais, au-delà de Saint-Ambroix, les paysages changent, dominés par des plateaux calcaires, comme celui de Méjannes-le-Clap, où la garrigue est prépondérante et la densité de peuplement beaucoup plus faible.

Parmi les populations ouvrières, l’influence du Parti communiste français (PCF) est importante : contrairement à ce qui se passe en 1939 dans la plupart des bassins, la majorité des responsables professionnels (secrétaires des sections syndicales de la Confédération générale du travail (CGT), délégués-mineurs…) sont communistes. Dès la drôle de guerre, les syndicats se retrouvent très affaiblis :“désunion parfois haineuse” (expression de Georges Roussel) entre anciens cégétistes et militants communistes, dissolution de la CGT puis internement à l’automne 1940 de la plupart des responsables syndicaux, surveillance étroite de tous ceux qui pourraient propager les idées communistes comme Jules Oziol à Molières ou Paul Richard à Saint-Ambroix et qui sont licenciés par les compagnies minières et métallurgiques. Malgré cela, isolément d’abord, dans chaque centre minier, des militants moins exposés ont mis en place, dès la drôle de guerre, de petites structures clandestines : Antoine Bros à Gagnières, Joseph Comte et Emile Chaulet, mineurs à Barjac, Louis Dumazert et Paul Ollier, ancien délégué-mineur à Bessèges, licencié mais qui a retrouvé du travail chez l’entrepreneur Hulster de La Grand-Combe, Georges Roussel, secrétaire local de l’association France-URSS à Saint-Ambroix… Ce dernier a ainsi contacté un par un les 42 anciens membres de sa section communiste de Saint-Ambroix et n’a trouvé, au départ, que deux autres militants déterminés à continuer : Marcel Badiou et Léon Valette.

Aux mines de Molières, de Barjac, de Rochessadoule, de Bessèges, à l’Usine des Tubes de Bessèges, par des discussions prudentes, ces mêmes militants rassemblent de petits groupes gagnés à la lutte : à Molières, autour de G. Roussel à l’atelier de chaudronnerie, on retrouve Severin Coronel, Roger Pellequer, Firmin Tastevin, Georges Fontane…

À Rochessadoule et Bessèges, la Résistance s’organise en particulier autour d’un groupe de mineurs polonais, comme Antoine Czlowieczek, Stanislas Samsel, Jean Zielenski ou Joseph Owczarek.

Avant même la grève des mineurs en mars 1942, il existe dans chaque secteur un triangle de direction qui coiffe l’ensemble des groupes (même si le cloisonnement reste assez théorique), l’organisation étant à la fois géographique (par village, par hameau) et calquée sur les services de la mine. Ces groupes recrutent aussi de nouveaux membres, en particulier chez les jeunes démobilisés comme Julien Brunel, contacté avec plusieurs autres jeunes de Saint-Ambroix à son retour des armées par G. Roussel et M. Badiou.

Dans l’hiver 1940-1941, malgré le contexte de répression, ces groupes se fédèrent : en décembre 1940,  “Georges”  (Hourquet), responsable régional, passé dès l’été 1940 dans la clandestinité (comme Roger Roucaute ou Victorin Duguet) parvient à contacter les différents responsables locaux, en commençant par Paul Ollier. Les premières réunions se tiennent chez Adolphe Deleuze à Clet-Meyrannes, ou chez Devidal à Molières, ou chez Gabriel Etienne à Barjac. Par l’intermédiaire de  “Georges”, ils retrouvent le contact avec les responsables régionaux au hameau de Pourcayrargues, au-dessus de La Grand-Combe : cachés dans un mas appartenant à Eva Vigne et Jeanne Maura, ils peuvent recevoir et diffuser la presse nationale clandestine (La Vie Ouvrière, L’Avant-Garde, l’Humanité, Franc-Tireur) et tirer des tracts sur une ronéo…

 

Les maquis de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) : le corps-franc des Ardennes

Après les péripéties qui ont concerné les différentes structures de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) du Gard, les événements se précipitent à partir du 5 juin 1944 avec la réception des messages de la BBC annonçant le débarquement des forces alliées. A compter de cette date, un seul maquis existe dans les bois de Rochefort du Gard, le corps-franc des Ardennes, sous les ordres du commandant G. Vigan-Braquet et de son adjoint le capitaine A.F.Versini. Sans doute la position n’est-elle pas des plus favorables, même si son chef reconnaît que “cette région qui attire en temps normal par son caractère pittoresque et sauvage à condition de ne pas y demeurer…(mais) que le maquis est du point de vue terrain dans une situation relativement forte“.

En réalité, la position est plus que discutable, dans une cuvette, à proximité de trois postes allemands de commandement : Villeneuve-lès-Avignon, à onze kilomètres, où se situe le poste de commandement (PC) de la XIXe armée allemande, le village de Montfrin près de Remoulins, occupé par un PC de corps aérien, enfin un troisième PC de Corps d’armée au château de St-Privat, près du Pont du Gard. Mais elle se trouve aussi dans le voisinage immédiat du terrain d’aviation de Pujaut qui est devenu une importante base aérienne, avec des troupes de protection (3 à 4 000 soldats de la Wehrmacht). De plus, si le relief est peu accidenté, le sol rocheux est d’un parcours difficile, une zone de garrigue blanche ; peu de villages, quelques “mas” isolés, peu ou pas d’eau, un ravitaillement forcément épisodique, peu ou pas de voies de repli vers une zone montagneuse.

Vigan-Braquet précise dans son document que “le corps-franc, grâce à la souplesse du dispositif de recrutement, compte sur le papier un effectif d’un millier d’hommes” (Aimé Vielzeuf note ” 600 hommes sur le papier” et souligne l’importance de l’encadrement par rapport à l’effectif total mais aussi la faiblesse des moyens matériels et militaires. La réalité est infiniment plus modeste même si plusieurs brigades de gendarmerie rallient le camp (Villeneuve les Avignon, Roquemaure notamment) ainsi que des déserteurs de la Wehrmacht.

Le 5 juin 1944, la BBC passe les messages annonçant l’application du Plan vert, ce qui signifie que le débarquement est désormais proche, et qu’il faut donc mettre en oeuvre la guérilla dans les zones non touchées par le débarquement allié …