Personnes

Chouleur Georges dit “Fracassi”, dit “Renoir”

Georges Chouleur est né le 5 octobre 1909 à Nîmes. Sous l’Occupation, il exerce la profession d’architecte au 6 rue Fresque à Nîmes, il est, selon l’historien Aimé Vielzeuf, un des pionniers de la Résistance nîmoise. Fin 1940, des étudiants (J. Dupuy, J. P. Cabouat, A. Bonifas) et des lycéens nîmois, comme Pierre Maroger ou  Jean Jallatte, se réunissent et distribuent les premiers exemplaires du journal Liberté apportés de Montpellier. Leur refus de la défaite (le journal Liberté porte en exergue la devise de Foch : “un peuple n’est vaincu que lorsqu’il accepte de l’être”) est partagé par d’autres Nîmois, notamment parmi d’anciens membres ou sympathisants de la SFIO socialiste. C’est le noyau du groupe nîmois de Liberté, devenu le mouvement Combat fin 1941-début 1942.

Parmi ces pionniers figure Georges Chouleur, un des fondateurs, avec Albert Thomas et Louis Salle, des Comités d’action socialiste, dans le Gard, en mars 1941. Il participe, aux côtés d’Albert Thomas et Pierre Choisy, à la mise en place de l’Armée secrète et la constitution d’un groupe franc sur Nîmes. Puis, quand P. Choisy et Georges Salan structurent le mouvement Combat à l’échelle départemental, ils lui confient, en septembre 1943, la responsabilité des groupes francs (ou corps-francs). A Nîmes, le groupe qu’il dirige organise à partir de juin 1943 des attentats spectaculaires contre les troupes d’occupation et les collaborateurs. Georges Chouleur est aussi l’un des dirigeants nationaux du mouvement France d’Abord, implanté dans le Gard avec le réseau 61-1…

 

Combarmond Antonin dit “capitaine Mistral” dit “Charles Laurent” (1895-1993)

De la création des premiers groupes de lutte entre Nîmes et Alès à la libération de la région, le personnage d’Antonin Combarmond est omniprésent dans l’histoire de la Résistance gardoise. Aimé Vielzeuf a souligné  “l’audace lucide” et  “le dynamisme légendaire” de ce résistant qui n’a cessé, pendant quatre ans, de rassembler et d’organiser tous ceux qui voulaient continuer à se battre.

Antonin Combarmond est né le 4 décembre 1895 à Saint-Géniès-de-Malgoirès, à mi chemin entre Nîmes et Alès. Son père, Pierre, originaire de la Loire, s’est établi dans la région comme distillateur. Mobilisé en décembre 1914 au 8ème régiment du génie d’Angoulême, il combat à partir de 1915 au sein de l’Armée d’Orient à Salonique. Après sa démobilisation en septembre 1919, avec le grade d’adjudant, il revient à Saint-Géniès où il s’installe à son tour comme distillateur. Devenu une figure marquante du monde viticole, il adhère au Parti communiste français (PCF) dans les années 1930 et s’engage aux côtés des Républicains pendant la guerre d’Espagne. Après la déclaration de guerre et la dissolution des organisations communistes, A. Combarmond se sait surveillé. Pourtant, après la défaite et l’instauration du régime de Vichy, il veut poursuivre le combat, par patriotisme comme par conviction antifasciste.

Ses premières actions visent à renouer le contact avec d’autres personnes partageant cette même volonté : début 1941, il constitue autour de lui un groupe d’hommes  “décidés à faire quelque chose”, pour la plupart membres ou sympathisants de l’ex PCF : Valentin Panattoni et Raymond Monzat, maçons à La Rouvière, les deux frères Jean et Paul Courtieu, André Vielle, le gendre d’A. Combarmond…Ce groupe devenu, début 1942, la section H, a pour premier objectif de contrer la propagande de Vichy, en dénonçant la politique du régime. A. Combarmond et ses hommes parviennent aussi à entrer en contact avec d’autres groupes de Résistance et avec d’autres patriotes : Anselme Castan, propriétaire à Saint-Hilaire-d’Ozilhan (entre Nîmes et Avignon) raconte ainsi que A. Combarmond lui fait, dès 1941, passer des tracts et des journaux. La Section H (dix-neuf membres) est aussi en liaison avec des groupes d’Alès et de Nîmes. Au début 1942, ses membres sont, à plusieurs reprises, avec la première équipe de Francs-tireurs et partisans français (FTPF) de la région dirigée par Jean Robert, hébergés et ravitaillés par A. Combarmond.Celui-ci reçoit aussi chez lui des responsables du PCF clandestin en fuite, comme Arthur Ramette, et participe également à la mise en place, dans le Gard, de l’Organisation spéciale (OS), structure clandestine de combat créée par le PC, avec Pierre Doize, les frères Edo et Vincent Faïta, Roger Tribes…

Ainsi, dès cette époque, Antonin Combarmond apparaît comme une figure marquante, un pivot même de la Résistance gardoise : disposant de nombreuses relations à la préfecture et parmi les policiers et gendarmes, il fournit aux premiers groupes résistants : renseignements, faux papiers et même ses armes, puisqu’il est parvenu à récupérer du matériel militaire, en juillet 1940, à la caserne Vallongue à Nîmes. Il fait également la connaissance, en 1941, de Jacques Bounin (futur commissaire de la République du Languedoc) et d’Emile Laffon (futur compagnon de la Libération), déjà engagés dans l’action résistante dans les Alpes-Maritimes et qui, de passage dans le Gard, recherchent le contact avec des patriotes. Début 1942, il entre aussi en contact avec le groupe Combat de Nîmes, en particulier avec R. Rascalon. A l’approche du 150ème anniversaire de la bataille de Valmy et de la proclamation de la République, A. Combarmond et son groupe distribuent des tracts et brisent les vitrines d’une librairie à Nîmes. Ces dernières actions entraînent son arrestation le 28 septembre 1942.

Placé en résidence surveillée à Trèves (ouest du Gard), il est ensuite transféré au camp d’internement de Saint-Sulpice-le-Pointe (Tarn) le 12 octobre 1942. Là il côtoie de nombreux autres détenus politiques, dont Michel Bruguier, résistant de l’Aude et futur commandant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) du Gard, et Roger Torreilles, communiste catalan, responsable politique à la “baraque 4″ de l’organisation clandestine des détenus…

Olivès Laurent, pasteur

Laurent Olivès est né le 12 avril 1913 à Blida en Algérie où son père est missionnaire évangéliste. Cette famille de quatre enfants vit très modestement au milieu de familles algériennes. Le mépris affiché par certains colons à l’encontre du sous-prolétariat indigène lui donne la passion de la justice et de l’égalitarisme. De 1933 à 1937, il fait des études de Théologie à Montpellier puis se marie avec Suzanne Pierre à Alger. Il commence son sacerdoce comme aumônier militaire au Maroc puis en octobre 1938 est nommé pasteur dans la paroisse d’Ardaillers – Taleyrac – L’Espérou dans le Gard. Mobilisé en 1939 sur le front des Alpes, il rejoint, après l’armistice, sa paroisse d’Ardaillers.

Dès 1940 il apporte son aide aux proscrits en leur délivrant de faux papiers qu’il fabrique lui-même. A partir de juin 1942 il permet à des Juifs de passer en Suisse en leur donnant sa propre carte d’identité ou celles d’amis, papiers qui sont renvoyés dès que les exilés sont en sécurité. Il conduit de nuit, à travers les forêts de l’Aigoual, des hommes, des femmes, des vieillards ou des enfants dans des familles d’accueil et revient chez lui avant le lever du jour pour ne pas éveiller l’attention. En mars 1943, le pasteur installe une dizaine de réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), des jeunes de toutes origines sociales, de toutes tendances politiques et religieuses, de nationalités différentes, dans une bergerie au lieu-dit  “La Combe” près de Taleyrac. Avec l’aide de Charles Atger, secrétaire de mairie à Valleraugue, il leur fournit les cartes d’alimentation indispensables. C’est le noyau dur du futur maquis d’Ardaillers qui voit le jour en novembre 1943 à la Soureilhade, vieille bâtisse cévenole baptisée ainsi en raison de son exposition en plein midi. Il organise en janvier 1944 une école de cadres qui forme les futurs chefs de trentaines et de dizaines…

 

Rascalon René “Alais” (1898-1982)

Né le 6 décembre 1898 à Alès, René Rascalon vit, au début da la guerre, au Quartier de l’Eau Bouillie, à Nîmes, où il est artisan-plombier. Son domicile devient rapidement le lieu de réunion d’un groupe de sept patriotes refusant la défaite, avec Sordi Primo et Elio, les frères Gilbert et Marceau Thérond, Marcel Rouquette et André Alzas. L’objectif du groupe est de contrer la propagande de Vichy, en particulier auprès des ouvriers sur les chantiers du bâtiment. En août 1942, R. Rascalon prend contact avec Marceau Bonnafoux, qu’il connaît depuis une grève du bâtiment en 1929 et qui partage les mêmes convictions, puis avec d’autres résistants nîmois membres de Combat : Fernand Guigon, Albert Thomas, responsable départemental de l’Armée secrète, Georges Salan, Jean-Pierre Cabouat, Gaston Massié, Louis Salle, Huguet…

La décision est prise de s’organiser en sizaines et en trentaines, l’une étant dirigée par R. Rascalon, devenu “Alais”. Le groupe, affilié à l’Armée secrète (AS), conduit plusieurs types d’actions : sabotage des véhicules du Service d’ordre légionnaire (SOL), propagande antivichyste, renseignement et espionnage… Le 11 novembre 1942, après l’appel de la radio de Londres à commémorer l’événement, R. Rascalon et ses amis organisent une manifestation au Monument aux Morts : malgré l’interdiction préfectorale et la présence de forces de police nombreuses, le rassemblement connaît un grand succès…

Sauer Rémy dit “capitaine Marty”

Né le 7 octobre 1922 à Haraucourt (Ardennes), Rémy Sauer s’engage à l’âge de dix-sept ans pour la durée de la guerre. Admis à l’ Ecole des mécaniciens de l’Armée de l’Air à Rochefort-sur-Mer, il obtient le brevet supérieur de mécanicien d’aviation. Suite à l’armistice imposé à la France, il est démobilisé le 10 août 1940.

Son père, Raoul Sauer, agent des douanes, est révoqué par le gouvernement de Pétain en raison de ses opinions politiques et de son activité syndicale. Après maintes péripéties, la famille Sauer se retrouve dans le Puy-de-Dôme où le père et ses deux fils, Rémy et Albert, trouvent de l’embauche dans l’usine d’aciérie des Ancizes. Raoul Sauer (*) crée dans ce secteur, dès mars 1942, un premier groupe de Francs-tireurs et partisans (FTP) et y entraîne ses deux fils. Ces derniers se livrent à des opérations de sabotage sur les installations techniques de l’usine dont la spécialité est la production d’aciers spéciaux destinés à la Wehrmacht.

Fin 1943, Rémy Sauer entre en clandestinité pour échapper au Service du travail obligatoire (STO).  Il est affecté aux FTP de Gard-Lozère. Le 4 février 1944 il commande l’opération, audacieuse s’il en est, de libération des prisonniers politiques détenus à la maison centrale de Nîmes. Il doit être mis “au vert” à la mi-mars 1944, au maquis des Bouzèdes en Lozère où il fait fonction de chef de groupe. Fin avril l’état-major régional le mute en Ardèche avec la nouvelle équipe désignée pour le commandement du département : Ravel, Chirin et Dubois.

Rémy Sauer fait preuve d’une grande détermination et possède, ce qui est rare chez les maquisards, des compétences militaires. Homme de confiance de Ravel, le nouveau chef départemental des FTP, Sauer impulse de nombreuses actions de corps-francs dans les régions de Tournon et d’Annonay. Il commande alors la 7104ème Cie FTP qui occupe la ville d’Annonay lors de l’insurrection du 6 juin. Après le 19 juin, son unité est souvent mise à contribution et fait preuve de beaucoup d’efficacité. Début août, Sauer est promu chef du 3ème bataillon avec le grade de capitaine. Il supplée Ravel lors des dernières opérations consécutives à la libération de Privas le 12 août.

Peu après le 15 août il entre à l’état-major FTP du Gard afin d’en renforcer l’encadrement militaire. Après la libération de Nîmes, il est nommé chef du 3ème Bureau des Forces françaises de l’intérieur (FFI) (subdivision militaire du Gard).

En mai 1945, il rejoint l’armée de l’Air, au sein de laquelle il accomplit une carrière d’officier, non sans difficulté compte tenu de ses origines et de son passé militant. Il participe à diverses campagnes outre-mer, en Indochine et au Congo.

Il achève sa carrière le 1er octobre 1966 en vertu d’une loi de dégagement des cadres ; il est alors placé dans le cadre de réserve avec le grade de commandant.

Il se retire dans le Var avec sa femme et son fils. Le 12 février 1971 il est fait chevalier de la Légion d’honneur.

(*) Raoul SAUER devenu le lieutenant-colonel FFI  “La Meuse” est nommé, en 1946, conseiller de la République du département de l’Aisne, puis est élu député communiste de ce département à deux reprises.

Nous avons commis sur le cédérom une regrettable méprise avec la date du décès de son père Raoul Sauer, nous demandons au “capitaine Marty” et à sa famille d’accepter nos excuses.